Descendez sous la place du Forum, et vous vous retrouvez littéralement dans l'Antiquité. Ces galeries souterraines, redécouvertes en 1838 lors de travaux, constituaient les fondations du forum antique de Durocortorum. Fraîches en été, mystérieuses en toutes saisons, elles sont accessibles librement depuis 1983. Un voyage dans le temps à deux mètres sous les pavés.
Voilà 1 800 ans qu'elle est debout, et elle n'a pas pris une ride. La Porte de Mars est l'un des plus grands arcs de triomphe romains encore en élévation dans le monde : 33 mètres de large, trois arches majestueuses, des bas-reliefs représentant Romulus et Remus, Jupiter et Léda. Elle était l'une des quatre grandes portes de la cité romaine. Aujourd'hui, elle se dresse en plein centre-ville, comme si 18 siècles ne l'avaient pas concernée. Impressionnant.
Cryptoportique — vue 1
Cryptoportique — vue 2
Porte de MarsMoins connue que sa voisine la cathédrale, la basilique Saint-Remi lui est pourtant antérieure de deux siècles — et elle est, à bien des égards, plus émouvante. C'est ici, autour du tombeau de saint Remi, que tout a commencé : aux alentours de 496-498 (la date exacte reste débattue entre historiens), l'évêque baptisa Clovis, roi des Francs, faisant de Reims le berceau spirituel d'une nation qui ne s'appelait pas encore la France. La Sainte Ampoule, conservée ici, servait à oindre les rois lors du sacre. Son architecture romane et gothique, sobre et puissante, impose le recueillement. Un lieu de fondation.
Difficile de parler de Reims sans parler de la cathédrale. Difficile, surtout, de ne pas tomber dans les superlatifs. Alors allons-y : c'est l'un des chefs-d'œuvre absolus du gothique français, avec ses 2 303 sculptures, ses vitraux dont certains signés Marc Chagall, et ses 38 mètres de hauteur sous voûte — les tours extérieures, elles, culminent à 81 mètres. Vingt-cinq rois de France y furent sacrés, de Louis VIII en 1223 jusqu'à Charles X en 1825. Bombardée et incendiée en 1914, partiellement détruite, elle fut patiemment restaurée grâce notamment au mécénat de John D. Rockefeller. Sa résurrection est, elle aussi, un miracle rémois.
Basilique Saint-Remi
Cathédrale Notre-DameAttenant à la cathédrale, le Palais du Tau est son alter ego terrestre. Ses origines remontent au IVe siècle, et c'est ici que les rois revêtaient leurs ornements avant le sacre, ici qu'ils festoyaient dans la salle haute après la cérémonie. Mais c'est au XVIIe siècle que le bâtiment prend sa forme actuelle : profondément remanié entre 1671 et 1710 par Jules Hardouin-Mansart, l'architecte de Versailles. Aujourd'hui transformé en Musée des Sacres, il conserve la statuaire et les tapisseries de la cathédrale, ainsi qu'un trésor royal exceptionnel. Classé UNESCO avec la cathédrale et Saint-Remi, il forme avec eux un triptyque irremplaçable.
Niché place du Forum, à deux pas du Cryptoportique romain, l'Hôtel du Vergeur est l'un des plus anciens bâtiments civils de Reims. Ses origines remontent au XIIIe siècle, quand le quartier du Forum accueillait les riches négociants de la cité. Au XVIe siècle, Nicolas Le Vergeur, bourgeois enrichi grâce à la gabelle, le transforme et lui donne ses façades Renaissance disposées autour d'une cour intérieure — un joyau architectural qui traverse les guerres et les siècles sans perdre son âme.
Mais c'est son dernier propriétaire privé, Hugues Krafft, qui lui donne sa dimension extraordinaire. Ce grand voyageur, fondateur en 1909 de la Société des Amis du Vieux Reims, rachète l'hôtel en 1910 pour le sauvegarder. Après les bombardements de la Grande Guerre qui endommagent gravement le bâtiment, il entreprend patiemment sa restauration — et fait davantage : il crée dans le jardin un véritable musée d'architecture à ciel ouvert, où il rassemble des façades, portails et fragments d'édifices rémois détruits, sauvant ainsi de l'oubli ce que la guerre avait épargné. À sa mort en 1935, il lègue tout à son association. Le musée abrite aujourd'hui deux séries complètes de gravures originales d'Albrecht Dürer — l'Apocalypse et la Grande Passion — ainsi que des collections de mobilier et d'objets d'art du XVIIIe au début du XXe siècle. Un lieu discret, intime, et profondément émouvant.
Voilà l'un des grands secrets de Reims. Fondé en 1617 par la Compagnie de Jésus pour former l'élite intellectuelle et religieuse, ce collège abrite l'une des plus belles bibliothèques baroques de France : boiseries d'époque, plafond peint, livres anciens alignés dans un silence de siècles. Après l'expulsion des Jésuites en 1762, le bâtiment devint lycée impérial, puis municipal. Depuis 2010, il abrite le campus rémois de Sciences Po Paris — ce qui est, convenons-en, une continuité historique saisissante : les Jésuites formaient les élites du XVIIe siècle, Sciences Po forme celles du XXIe. Même lieu, même vocation. Seul l'accès s'est démocratisé.
Son histoire est à l'image de Reims : riche, complexe, et marquée par les guerres. La première pierre est posée en 1627 ; la façade baroque est inaugurée en 1636. Mais les travaux s'étirent jusqu'en 1880. Puis vient 1917 : les bombardements incendient le bâtiment, ne laissant que les façades debout. L'intérieur est entièrement reconstruit dans les années 1920, dans un style Art Déco qui tranche avec l'enveloppe baroque. Résultat : un bâtiment qui est à la fois du XVIIe et des années 1920. Un millefeuille architectural qui raconte, mieux que n'importe quel livre, les fractures de l'histoire.
Palais du Tau
Hôtel du Vergeur
Collège des Jésuites
Hôtel de VilleConçu par l'architecte Narcisse Brunette et inauguré le 21 avril 1867, le Cirque de Reims est l'un des derniers cirques en dur du XIXe siècle encore debout en France. Spectacles équestres, cinéma dès 1896, boxe, catch : il a tout vu. Aujourd'hui reconverti en scène nationale sous le nom « Le Manège », il accueille danse, cirque contemporain et arts du mouvement — une belle fidélité à son âme originelle. Classé monument historique en 1994, il est l'un des édifices les plus méconnus de la ville… et l'un des plus attachants.
On ne peut pas parler de la vie culturelle du XIXe siècle rémois sans évoquer son Opéra. Conçu par le même Alphonse Gosset — décidément l'architecte incontournable de la Reims bourgeoise — en collaboration avec Narcisse Brunette et Ernest Leclère, il est inauguré en 1873. Gosset s'est inspiré dans sa composition des plans du futur Palais Garnier, alors encore en chantier : on retrouve la même gradation des toitures entre foyer, auditorium et scène, et une organisation similaire de la façade. Mais les moyens et l'échelle ne sont évidemment pas les mêmes — et le résultat est une salle néoclassique plus sobre, plus rémoise, avec ses 1 200 places et sa frise circulaire consacrée aux arts du théâtre. Comme tant d'autres bâtiments rémois, il ne survécut à la Grande Guerre qu'en façade : l'intérieur fut entièrement reconstruit entre 1931 et 1932, avec un lustre monumental de 7,5 mètres signé Edgar Brandt, et une décoration Art Déco qui évoque le Théâtre des Champs-Élysées. Résultat : une enveloppe néoclassique pour un cœur résolument moderne. Toujours en activité, il accueille aujourd'hui opéras, ballets et concerts dans un écrin de velours rouge et d'or.
Hôtel de Brimont
Cirque de Reims
Opéra — façade
Opéra — intérieurJoyau de transition entre Art Nouveau et Art Déco, la Villa Demoiselle fut construite entre 1904 et 1908 pour Henry Vasnier, directeur de la Maison Pommery et grand collectionneur d'art, qui rêvait d'une demeure capable d'abriter sa collection comme un musée privé. L'architecte Louis Sorel innova en bâtissant la villa sur une charpente métallique et du béton — une première pour l'époque. Façades élégantes, ferronneries élaborées, décors végétaux intérieurs : tout ici respire l'art total que Vasnier appelait de ses vœux. Il mourut en 1907, avant même d'en voir l'achèvement. Laissée à l'abandon dans les années 1980 et menacée de démolition, elle fut sauvée et entièrement restaurée par Paul-François et Nathalie Vranken à partir de 2004. Une belle histoire de sauvetage patrimonial.
En 1919, alors que Reims sort en ruines de quatre ans de bombardements, la Fondation Carnegie finance la construction d'une bibliothèque comme symbole de renaissance culturelle. Les travaux durent jusqu'en 1928, l'inauguration a lieu en 1930. Ce geste de solidarité internationale, venu d'Amérique, incarne quelque chose de profondément émouvant : reconstruire les savoirs avant même de reconstruire les pierres. L'édifice, sobre et élégant, est aujourd'hui une médiathèque publique très fréquentée.
Si la cathédrale est le symbole du Moyen Âge rémois, les Halles du Boulingrin sont celui de la renaissance du XXe siècle. Conçues par l'architecte Émile Maigrot et inaugurées en 1929, elles doivent leur prouesse technique à l'ingénieur Eugène Freyssinet : une voûte parabolique en béton de seulement 7 cm d'épaisseur, avec une portée de 38 mètres, couvrant un espace rectangulaire de 49 mètres sur 109. Sans pilier central, légère comme une coquille d'œuf. Tombées en désuétude et menacées de démolition dans les années 1980, elles furent sauvées par un classement aux Monuments historiques en 1990 et restaurées en 2012. Symboles de l'audace d'une ville qui se reconstruisait après le chaos de 1914-1918, elles vibrent aujourd'hui encore au rythme d'un marché et d'événements culturels.
Reconstruite en style Art Déco après la destruction de la gare originale de 1858, la gare de Reims est inaugurée en 1934. Elle est souvent la première chose que voient les visiteurs arrivant en train — et c'est une belle entrée en matière : lignes pures, géométrie maîtrisée, pierre claire. Elle donne le ton d'une ville qui a choisi, après le chaos de la guerre, l'élégance et la modernité plutôt que la nostalgie.
Villa Demoiselle
Bibliothèque Carnegie
Halles du Boulingrin
Gare de ReimsPetite par la taille mais immense par l'émotion, la chapelle Foujita est l'un des trésors cachés de Reims. Construite à partir de 1964 à l'initiative de René Lalou, président des Champagnes Mumm et parrain de baptême du peintre, elle fut entièrement conçue et décorée par Léonard Foujita lui-même — à 80 ans passés. De juin à août 1966, il en peignit les fresques directement sur ciment humide, sans possibilité de reprise : 200 m² de compositions bibliques d'une délicatesse infinie, mêlant sa culture japonaise aux références de la Renaissance italienne. Consacrée le 1er octobre 1966, la chapelle est le testament artistique d'un homme de foi. Foujita y est inhumé, comme il le souhaitait. Une étape que même les non-croyants quittent ému.
Chapelle — extérieur
Chapelle — La Cène
Chapelle — vitrauxInstallé depuis 1913 dans les bâtiments de l'ancienne abbaye Saint-Denis du XVIIIe siècle, à deux pas de la cathédrale, le musée des Beaux-Arts de Reims abrite l'une des collections les plus prestigieuses des musées de France en région : treize portraits de Cranach l'Ancien et le Jeune, une collection Corot parmi les plus riches au monde après le Louvre, des chefs-d'œuvre de l'impressionnisme et de l'Art Déco, et plus de 1 300 dessins de Foujita légués par ses héritiers — faisant de lui le pendant muséal naturel de la chapelle voisine.
Fermé depuis 2019 pour travaux, il fait l'objet d'une métamorphose ambitieuse confiée aux architectes portugais Francisco et Manuel Aires Mateus — 45 millions d'euros, une surface d'exposition triplée, et une philosophie claire : ne pas effacer le passé, mais le révéler. Le projet redessine les anciens cloîtres de l'abbaye dans un geste sobre et contemporain, ouvre le musée sur la ville avec deux cours librement accessibles, et ménage depuis l'entrée une vue directe sur la cathédrale. La pièce maîtresse ? La Faille Dorée — un long escalier recouvert de feuilles d'or creusé dans la cour d'honneur, symbole de passage entre l'ancien et le nouveau, et clin d'œil aux célèbres crayères champenoises qui courent sous la ville.
C'est peut-être dans ce projet que Reims dit le mieux qui elle est : une ville qui ne construit pas à côté de son patrimoine, mais à l'intérieur de lui. Réouverture prévue fin 2027 — une bonne raison de revenir.